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Istanbul (La Route de la Soie II)

April 29, 2008

par Etienne Jaboeuf

 

Je retrouve Mehdi en fin d’après-midi à Üsküdar, sur la rive asiatique. Son discours est insolite et ne me surprends guère. Mais je ne peux qu’y adhérer faute de contradicteur et d’avoir une connaissance suffisante du pays. Les Turcs ne sont un peuple qui ne produit plus rien et qui a perdu son identité du fait de la sécularisation et du changement d’écriture dans les années 1930. C’est un peuple qui est en proie à des difficultés et qui n’est dès lors pas « dangereux » pour les européens, car il va à marche forcée vers un Occident qui ne leur permet pas de le suivre. L’attitude des gens est en réalité trompeuse : ainsi, les filles voilées peuvent n’être pas religieuses, mais juste « coquettes ».

 

 

4 août 2004, Karachi :

L’avion est à 8 heures du matin, mais les règles d’embarquement m’imposent d’être à l’aéroport deux heures avant. Un chauffeur m’y accompagne. Une fois arrivé, j’enfile mon sac à dos tiré du coffre et je passe cette même porte qui m’avait tant impressionnée voici une dizaine de jours. Mes bagages enregistrés, je présente mon passeport au poste des douanes où il est tamponné par un « EXIT ». Je ne sais pas si je repasserai par ce même poste ne serait-ce que pour rentrer en France. Tout ce que je sais c’est que j’ai un aller simple pour Istanbul depuis Karachi et que je suis toujours titulaire de mon retour pour Londres, au départ de Karachi. En résumé, je ne sais toujours pas ce que je vais faire après avoir atterri à Istanbul. Tenter de retourner à Paris par la route (c’est-à-dire la fin de la Route de la Soie) ou alors rallier Karachi en allant vers l’Est.

 

Mon vol doit faire une escale à Dubaï, avant de redécoller vers Istanbul, mais le sommeil m’envahit avant.

 

Vu d’avion, Istanbul est un site époustouflant, où on se rend compte que ce n’est certainement pas par hasard que ce lieu est porteur d’une charge historique si forte. Après l’atterrissage, à l’image de tous les blancs becs européens comme moi qui se croient voyageurs, je prends un taxi pour aller où il n’y a aucun touriste où je serai au calme, en vain. J’atterris à coté de ce que j’apprendrais plus tard être le Palais Topkapi des sultans ottomans.

 

La Livre turque ne se compte non pas par unité, ni dizaine, ni centaine, mais par million… ainsi un euro équivaut à 1,6 million de livres !

 

Le Türkmen Hotel sera mon point de villégiature, pour six euros par nuit dans un dortoir avec la douche et le petit déjeuner, tout un programme. Le réceptionniste de l’hôtel m’emmène dans un restaurant dégoûtant pour deux euros cinquante. Il semble avoir travaillé sept ans au Japon, dont il est venu récemment, comme l’attestent les nombreuses conquêtes qu’il affiche sur son portable.

 

Après manger, il me montre le cœur historique d’Istanbul, à l’image de celui de Rome, chargé d’histoire, mais à un degré que je n’ai encore jamais vu. Le Musée Sainte Sophie en est le témoignage, construit comme une Eglise géante, transformé en Mosquée après la prise de la ville par les Turcs ottomans et finalement devenu musée en 1934 par décision de la République kémaliste.

 

Je projette pour le lendemain d’explorer les quartiers situés au nord de la ville, pour trouver une chambre hors du quartier touristique.

5 août 2004, Istanbul :

 

Ce deuxième jour dans cette grande ville est marqué par une ballade de 8 heures dans la ville qui me permet notamment d’explorer le Bazar égyptien et les quartiers situés au nord, plus branchés et turcs. Après réflexion, les 6 euros de ma chambre semblent peu cher.

 

Dans la soirée, je rencontre Peppe, un Napolitain qui fait son tour d’Europe et qui reste deux jours à Istanbul : quelle gifle ! Nous passons notre soirée à chercher un kebab à 1 million de livres qui sera finalement remplacé par une partie d’échecs accompagnée d’une chicha.

 

Après avoir perdu ma partie, j’apprends que le visa pour l’Iran est possible, valable de 20 à 25 jours pour cinquante euros.

 

La vue de ma carte de la Route de la Soie me fait penser que je pourrais alors me diriger vers l’est, pour entrer le plus tard possible en Iran et traverser ce pays pour retourner au Pakistan par la ligne de chemin de fer qui relie le Balluchestan iranien à Quetta au Pakistan et ensuite remonter vers Karachi.

 

Pour le moment, mes projets à Istanbul sont :

  • l’ambassade de France
  • trouver des locuteurs francophones turcs
  • la visite du Tribunal d’Istanbul, situé non loin de Sainte Sophie
  • la visite de la vieille ville

8 août 2004, Istanbul :

 

Je me suis résigné à payer 10 euros pour visiter Sainte Sophie (on est baroudeur sans le sou jusqu’au bout, ou on ne l’est pas !). Je n’ai pas été déçu, je dois dire ! Ce sont ces différents niveaux d’histoire que je trouve le plus incroyable. En effet, les revêtements déposés par les vainqueurs ottomans ont été grattés par endroits, pour révéler des pans des fresques byzantines. Cela dépasse toutes les idées que j’avais pu me faire, même en déambulant dans le forum à Rome, voici deux ans ; mais je ressens que l’histoire prendre forme devenir vivante sous mes yeux, me restituant cette atmosphère emprunte de religion et spiritualité qui est la vocation première de ce lieu. Cette atmosphère est très différente de celle qui peut exister dans les Eglises en France, mais c’est certainement lié à un certain décalage culturel, une différence d’alphabet, une différence de graphie, d’architecture, dont j’ai à ce moment envie de percer les mystères.

 

La version anglaise du Lonely Planet de la Turquie acquise pour la modique somme de 30 euros (je ne sais pas combien en livres turques, mais ça ferait pour sûr trop de zéros !). Ma ballade au milieu du quartier de Sultan Ahmet d’Istanbul, où se côtoient les vestiges de deux empires, me laisse l’impression que ce quartier a vendu son âme et qu’il est désormais un quartier européen, bien loin de la poésie qui pouvait y régner au cours des décennies passées. C’est en tout cas de ce dont j’essaye de me convaincre, pour vivre mon idée de baroude jusqu’au bout. C’est vrai que les touristes en short et chemisette avec leur caméra en bandoulière prolifèrent davantage que l’idée du Turc que je me fais.

 

Ce soir-là j’ai fais une rencontre qui, je le crois, me permettra de rencontrer et trouver la véritable image de ce peuple dont je ne sais encore quoi véritablement penser ou du moins « comment le penser ». Un jeune barman dans un café du quartier des discothèques qui me propose de m’héberger pour 5 euros la nuit avec le petit déjeuner, c’est-à-dire un rapport qualité prix bien meilleur que mon hôtel situé à côté de Sainte Sophie. Rendez-vous est pris pour le lendemain soir au même endroit. Je l’attends avec impatience.

9 août 2004, Istanbul :

 

Non loin de mon hôtel, se situe l’ambassade de la République Islamique d’Iran. J’y suis à 11h30 et il me faudra attendre 7 jours pour obtenir mon visa. Le premier que je demande hors de France pour un pays où on lit de droite à gauche. De 12 à 13 heures je prends le thé avec le personnel de l’hôtel pour prendre mes affaires, avant de me mettre en route pour trouver le consulat général de la France, où j’arrive finalement à 15h30, soit trois heures trop tard.

 

Ce sera la traversée du Détroit du Bosphore puis l’exploration du quartier d’Üsküdar, situé sur la rive asiatique, qui occupera la dernière partie de cet après-midi. Au débarcadère, je suis frappé par le nombre de filles qui portent le rusari, ce qui n’est absolument pas le cas dans les quartiers touristiques. Mes déambulations sur la rive m’amène en face du point d’ancrage de la fameuse chaîne qui fermait le détroit durant l’Empire byzantin. J’y rencontre de futurs mariés ; c’est un couple singulier, puisqu’il est de Chypre Nord et a vécu sept ans en Angleterre, et sa femme est très jolie. Ils m’invitent à leur mariage.

 

En revenant au débarcadère, toujours attifé de mon gros sac de voyageur, je rencontre un type à l’apparence physique singulière, la calvitie, la barbe, vêtu d’un polo blanc et d’un pantalon long. Il porte des sandalettes et des lunettes qui mettent en évidence un regard très vif et intelligent. Il a l’air d’un photographe confirmé et c’est ce qui attire mon attention. Nous sommes proches des pêcheurs du Bosphore. Je le suis et lui demande ce qu’il fait. Il me répond dans un bon anglais qu’il vient de Tanzanie. C’est vrai qu’il doit être le descendant du colonisateur britannique ; son accent bizarre pourrait le justifier et attester de cette touche d’exotisme inattendue. Je dois dire que je n’en suis à ça près…

 

Je l’accompagne, toujours chargé des mes sacs, sur le bord de la mosquée qui située en face du débarcadère. Finalement, comme je le fixe avec insistance sans trop savoir ce que je cherche, il m’avoue qu’il s’appelle Mehdi et qu’il est étudiant en sociologie des religions, spécialiste des pays d’Europe de l’Ouest. Il me donne des conseils pour la suite : toujours faire de l’autostop en binôme, et y préférer le train et la côte du sud, notamment Antalya, est très touristique et bétonnée, mais magnifique, comme l’atteste sa récente expérience à vélo dans ce coin. Je lui parle de mon plan pour ce soir et il me donne son numéro de téléphone et son email, en insistant de ne pas hésiter à l’appeler à tout moment. Je le remercie et je lui affirme que je suis sûr qu’il n’y aura pas de problème avec mon logeur. Mais c’est toujours bon à prendre…

 

Les termes du contrat avec le barman sont clairs et fixés 4 euros pour le logement et 1 euro pour le petit déjeuner. Enfin, je vais voir le vrai Istanbul ! Et comme je suis tout seul ça ne sera que plus simple, pas de compagnon pour interférer dans cette recherche et ce contact avec la véritable Turquie. Comme j’ai un billet de 50 euros sur moi, nous le changeons dans un des rares magasins encore ouvert à cette heure avancée de la nuit. Il encaisse l’équivalent de 25 euros tout de suite, comme ça je suis tranquille pour cinq nuits, la lessive est gratuite aussi ; je n’aurais pas pu trouver mieux. Il me reste 39,5 millions de livres turques.

 

Mon logeur hèle un taxi qui nous emmène dans un quartier en banlieue reculée d’Istanbul. Il est tard et fait nuit. Il m’installe sur un canapé, dans une drôle de maison, pleine de promiscuité. Je m’installe et je dors, nous verrons plus tard.

10 août 2004, Istanbul

 

A 20 heures, le récit de la prière semble littéralement faire prendre vie à la ville avec un esprit chantant, sous les mordorures du soleil. « Allah est grand (trois fois), merci (trois fois) ».

 

J’ai profité de cette journée pour m’enregistrer au consulat de France et m’entretenir avec l’un des substituts du Procureur d’Istanbul, durant ma visite du palais de Justice. Il m’indique que le Code pénal turc est l’exacte transposition du code italien et que c’est grâce à Atatürk que le pays a été exorcisé de la religion et de la tradition. La constitution turque de 1985 affirme l’unité de la nation turque et que dans ce contexte la Convention Européenne des Droits de l’Homme est injuste, car elle est un instrument politique.

 

J’ai pu revoir le réceptionniste de l’hôtel qui me fait part de son pessimisme sur son pays. Outre le fait qu’il loge chez son patron, il reçoit un salaire de misère et son service quotidien de 13 heures lui interdit toute vie privée. Son pays a littéralement abandonné son âme, car il me met au défi de ne pas trouver un club de sport et effectivement nous en trouvons un sans aucune peine.

 

Je suis retourné chez mon jeune logeur pour la nuit, à la pénultième station de la ligne de métro sur la rive européenne. Le dernier train part à 21 heures. En fait, le quartier où je dors s’apparente davantage à un bidonville, dépourvu de toute rue goudronnée et de caniveau. Lorsqu’il pleut, ça devient très boueux, mais bon ça fait partie du Voyage. Je me réinstalle dans mon canapé et m’endors.

11 août 2004, Istanbul :

 

J’ai passé ma journée à chercher un bureau de change pour mes 4000 roupies pakistanaises. La transaction a finalement lieu dans un bazar et me rapporte 58 millions de lires turques, soit l’équivalent d’une trentaine d’euros.

 

J’ai également profité de la matinée pour introduire ma demande de visa au Consulat d’Iran. Elle semble en bonne voie, car le dossier est complet et je n’ai finalement pas besoin de la fameuse lettre d’invitation tant redoutée.

 

La Mosquée Bleue m’a ouvert ses portes pour admirer les reflets bleus et ses vitraux aux inscriptions coraniques. Je vibre à l’heure de la prière devant la Mosquée du Grand Bazar.

 

Mon logeur a tenté de me facturer 3 euros pour la douche.

 

En fait, le Voyage c’est faire du tourisme tout en étant attentif au quotidien des autochtones qui semble encore tellement proche de ce que l’on peut trouver en Europe.

12 août 2004, Istanbul :

 

J’ai été déçu par l’audience criminelle qui s’est tenue à la Cour d’Appel d’Istanbul ce matin. Il semblait que c’étaient des petits larcins qui étaient jugés par des magistrats pour le moins très nonchalants. Une très forte impression de désordre dans la conduite des débats et la manière rendre la Justice. J’identifie l’accusé car il est toujours entouré de quatre gendarmes. Le portrait d’Atatürk trône toujours au dessus du président de la formation de jugement.

 

De nouveau à la Mosquée Bleue, je fais la rencontre d’Idriss, serveur à Istanbul, et qui regrette de ne pas être allé à l’université ; elle lui est maintenant fermée en raison de son âge, 25 ans. Musulman revendiqué, il éprouve une très forte solidarité musulmane. Il n’éprouve aucune sympathie à l’égard de Saddam Hussein et encore moins à l’égard des Etats-Unis et Israël, qui prennent tout ce qu’il y a de meilleur dans le monde. Il est favorable à la thèse conspirationiste pour les attentats du 11 septembre 2001, qui a justifié l’invasion de l’Afghanistan puis de l’Irak, pour s’emparer du pétrole. Pour lui, les soldats turcs sont forts car croyants et peuvent mettre en échec les Américains, certes très équipés, mais dans la « pornographie et l’érotisme ».

 

Son travail de serveur lui rapporte 20 millions de lires turques par jour et il forme le projet de venir s’installer en Europe de l’Ouest pour mieux gagner sa vie.

 

Il me donne l’idée de reprendre mes affaires de chez mon logeur pour retourner au Türkmen Hotel. A ma grande surprise, sa mère n’est pas au courant. Tant pis, je reprends mes affaires et je retourne à mon ancien point de chute, après avoir promis que je reviendrais la semaine prochaine.

 

L’hôtelier me fait les mêmes conditions initiales. Je reprends le lit que j’avais délaissé et m’endors.

13 août 2004, Istanbul :

 

Ce vendredi je me rends à la Mosquée Bleue pour assister à la prière. Je suis pris dans les chaînes de croyants à mon corps défendant. C’est une sensation très étrange. Toute la prière est codifiée et doit être récitée en Arabe. C’est un moment très poétique où des centaines de fidèles ne font plus qu’un seul homme. La prosternation est dans mon for intérieur un acte de soumission très fort, que je n’ai encore jamais vu en France.

 

Je suis retourné au bar pour réclamer mes 28 euros à mon ancien logeur, absent.

 

Cette journée est riche en évènements insolites puisque je fais la rencontre de trois françaises, touristes et arabisantes. Elles sont toutes trois de l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales et à ce titre arabisantes. L’une d’elles est aussi à Assas en Droit. Quelle coïncidence ! Bref, nous discutons un peu et échangeons nos mails et prenons rendez-vous pour plus tard.

14 août 2004, Istanbul :

 

L’échange de devises est l’occasion d’engager la conversation avec le tenancier du bureau ; il est contre Bush et Blair et très favorable à Chirac et francophile. Il est en revanche partagé sur Aznar, dans la mesure où l’Espagne n’est qu’un allié mineur des Etats-Unis, mais a été tout de même très actif dans le déclenchement de l’invasion de l’Irak.

 

Je retrouve Mehdi en fin d’après-midi à Üsküdar, sur la rive asiatique. Son discours est insolite et ne me surprends guère. Mais je ne peux qu’y adhérer faute de contradicteur et d’avoir une connaissance suffisante du pays. Les Turcs ne sont un peuple qui ne produit plus rien et qui a perdu son identité du fait de la sécularisation et du changement d’écriture dans les années 1930. C’est un peuple qui est en proie à des difficultés et qui n’est dès lors pas « dangereux » pour les européens, car il va à marche forcée vers un Occident qui ne leur permet pas de le suivre. L’attitude des gens est en réalité trompeuse : ainsi, les filles voilées peuvent n’être pas religieuses, mais juste « coquettes ».

 

La substitution de l’alphabet latinisé à l’alphabet ottoman a produit un processus irréversible de changement des consciences. Les hommes politiques turcs sont des charlatans, qui cherchent à suivre un occident qui les instrumentalise. Du fait du changement d’alphabet, la Turquie, Etat musulman, ne peut plus communiquer avec les Etats frères à cause du changement d’alphabet. Le processus kémaliste ne serait en fait que le fruit d’un très fort courant de pensée réformateur présent y compris en partie chez les derniers sultans pour moderniser le pays.

15 août 2004, Istanbul et Détroit des Dardanelles

 

Je devais retrouver mes trois compatriotes près de l’embarcadère à 9 heures du matin, mais elles n’ont pas fini la collation. Nous embarquons pour un tour qui doit durer toute la journée. La première étape sera un débarcadère pour une heure trente où se succèdent des boutiques de souvenirs. Nous montons un peu et nous trouvons un restaurant où nous déjeunons avec du kebab.

 

Nous redescendons et nous réembarquons vers le Détroit des Dardanelles. Ce n’est pas tant la visite des ruines vénitiennes qui le surplombent que le site et la vue qu’elles offrent qui est remarquable. On aperçoit parfaitement les navires et cargos qui se succèdent à de longs intervalles pour franchir le bras de mer, dont le sens est pour moi si riche en symboles historiques. La vue de la Mer Noire m’extasie et je songe aux autres civilisations qui ont pu s’y succéder. L’érotisme de ce site est si frappant.

16 août 2004, Istanbul :

 

Je suis arrivé au consulat pakistanais, situé hors des quartiers touristiques, mais trop tard. Mais je suis informé qu’il me faudra obtenir une lettre d’introduction des autorités consulaires françaises.

 

Je tiens ma parole auprès de la mère de mon ancien logeur en lui rendant visite dans ce même lieu dépourvu de routes goudronnées et de caniveaux. Un gamin nous fait la traduction autour du thé. Elle est la fille d’un immigré turc en Allemagne de l’Ouest. Elle est femme de ménage dans un hôpital et ses deux ou trois fils travaillent pour l’aider à joindre les deux bouts. Elle est veuve.

 

Elle est choquée que son fils lui ait menti.

17 août 2004, Istanbul :

 

Je me rends au Consulat français pour demander une lettre de recommandation destinée aux autorités pakistanaises. Après une attente d’une trentaine de minutes, le vice-consul m’indique que tout est en ordre mais me demande de le suivre pour répondre à quelques questions. Effectivement, je suis interrogé sur toutes les coutures et démens formellement tout lien avec les madrasas pakistanaises, en toute bonne foi. Que ce type est d’une ignorance crasse sur l’islam. Je ressors finalement libre, avec mon passeport et ma lettre d’introduction.

 

Je visite mon ancien logeur dans son bar ce soir. Il semble disposé à me rembourser les 28 euros.

18 août 2004, Istanbul :

 

Le consulat pakistanais refuse de me livrer un visa touristique, malgré ma lettre d’introduction dûment signée et cachetée. C’est à n’y rien comprendre. A la sortie, je me connecte à internet bredouille. Mehdi m’a envoyé un email, et me donne rendez-vous dans une heure trente sur la rive européenne de la ville. Je prends un taxi et je file à notre lieu de rendez-vous.

 

C’est un après-midi très agréable et instructif que Mehdi m’offre, passé à nous promener dans toute la ville toute en soleillée. J’ai pu visiter l’ensemble de la ville, avec les explications d’un croyant très cultivé. Nous bourlinguons dans toute la ville, jusqu’aux ruines des anciennes fortifications byzantines. Nous prenons un de ces thés délicieux et discutons avec ces retraités qui passent nonchalamment leur après-midi.

 

Je suis tout à fait frappé par la présence d’un terrain de football au milieu de ce qu’il convient d’appeler un monument historique. C’est aberrant !

 

Nous continuons notre visite dans une maison d’édition que connaît Mehdi.

 

Nous finissons cet après-midi par déguster le thé sous l’ancienne tour byzantine qui surplombait le Bosphore, aujourd’hui entourée d’une place et de cafés. Je tente de le repousser dans ses retranchements en lui demandant s’il pouvait vivre avec une amie sans être marié : la réponse est catégorique : elle est négative, car il estime que ce serait partager son intimité avant le mariage, ce qui est impossible. Décidément, ce type est de plus en plus intéressant.

 

Il est 22h30 et nous devons chacun retourner de notre côté, avant la fin du service.

19 août 2004, Istanbul :

 

J’ai visité la splendide mosquée de Suleyman le Magnifique. J’ai aussi été très impressionné par la collection de porcelaines du Palais Topkapi, la plus grande du monde, et elle me rappelle que l’Empire Ottoman était aussi à la croisée avec la route de la soie et en relations commerciales avec la Chine. L’exposition des habits des sultans et de leurs accessoires est également très révélatrice. Elle me permet de voir que les derniers sultans ottomans ont tenté de moderniser leur pays en l’européanisant. D’une certaine façon, cela rejoint le propos de Mehdi.

 

J’ai pu récupérer mon passeport avec cette fois-ci un visa iranien, en bonne et due forme, avec un alphabet que je ne comprends pas.

 

Mon logeur, que j’ai retrouvé dans son bar, ment et ne me remboursera que cinq euros. Deux jeunes clients, au Lycée français, m’invitent à regarder sa situation et combien il travaille dur. Je leur réponds que moi aussi je sais ce que c’est de travailler à l’usine.

20 août 2004, Istanbul :

 

C’est ma dernière rencontre physique avec Mehdi, dans un café proche d’Üsküdar, qui surplombe le Bosphore. La vue y est imprenable. Ce site avait été construit par un Pacha au temps de l’Empire ottoman. Nous revenons sur la question de la loi sur le blasphème et sur la critique constructive, toujours, comme à l’accoutumée, autour d’un thé. C’est moi qui règle cette fois-ci.

 

Octave est à Peshawar et veut tenter de se rendre dans la Vallée du Panshir avec un Suisse, qu’il a rencontré sur place.

21 août 2004, Istanbul :

 

Mon dernier jour à Istanbul. Je visite rapidement le Caryie Musezi, une église byzantine, reconvertie en mosquée par les Ottomans et dont le gouvernement turc a voulu mettre en valeur les représentations en dénudant les mosaïques, ou du moins ce qu’il en reste. Mais c’est très impressionnant.

 

De retour à l’hôtel, je règle mon dû par carte bancaire et je prends mon sac à dos. Je pars pour la gare située sur la rive asiatique. J’y parviens à pied, sans avoir eu besoin d’emprunter un taxi, comme je me l’étais juré au début de mon séjour à Istanbul. Mon billet réservé, je patiente jusqu’à ce que mon train soit annoncé, en demandant toujours confirmation à mon voisin de banc. Je m’installe enfin dans un wagon plutôt spacieux et confortable. J’ai cinq heures pour dormir en arrivant à Ankara en me calant sur le rythme régulier des rails.

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